02 - Avril 2009 : L'hospitalisation

    A la suite de son coma, et après 3 jours de réanimation, Martine fut transférée en neurologie, sous la responsabilité du Docteur Stéphane Bouly, pour qui elle avait une immense admiration et gratitude (il l'avait, en 2007, soignée de façon extraordinaire et avait réussi à la libérer des douleurs neurologiques atroces dont elle souffrait depuis des mois).
    
    Après un passage à l'IRM, Martine "descendit" donc dans le service de neurologie, où elle fut ravie de trouver une petite chambre très agréable, avec, à gauche de son lit, un mur entièrement vitré donnant sur un grand pation au milieu duquel se trouvaient de magnifiques palmiers. Durant tout le séjour, elle a adoré ces palmiers, dont elle prit et me fit prendre de multiples photos.

    La première nuit, par contre, fut pour elle un choc. Après trois jours de réanimation où elle se trouvait "comme dans un vaisseau spatial", entourée d'une multitude de personnes, qui, comme des petites fourmis, s'activaient autour d'elle jour et nuit pour son bien-être et sa sécurité, elle se trouva, pour la première fois, seule dans une chambre inconnue. Je la quittais tard dans la soirée, et la retrouvais à 6 heures le lendemain matin très excitée et angoissée, encore un peu confuse sous l'effet des très fortes doses de cortisone qu'elle recevait alors. Elle me remit quelques feuilles arrachées à son carnet et sur lesquelles elle avait tenté de griffoner quelques mots, et me demanda instamment (et vigoureusement) de la laisser seule. Devant son insistance, je partais donc et rejoignais mon service hospitalier (3 étages plus haut) pour n'en revenir qu'une heure plus tard, après avoir, au passage 'interviewé" les infirmières de nuit.
    
    De fait, au cours de son sommeil agité, Martine s'était trouvée seule, sans repères, dans cette chambre silencieuse, et avait été prise de panique. Les infirmières de nuit répondant à son appel, ne la connaissant pas, l'avaient un peu "sermonée", disant qu'il ne fallait pas les déranger pour si peu, et elle avait éprouvé un sentiment d'abandon et de crainte.
La journée se passa beaucoup mieux, et elle put profiter de tout le confort de sa chambrette. Le personnel apporta dans sa chambre un très joli bouquet de fleurs, et elle prit, en particulier, un grand plaisir à prendre ses repas, collations et autres en-cas qui émaillent la vie à l'hôpital.



    Tout se présentait donc bien pour la seconde nuit, et, vers 11 h du soir, elle m'invita donc à rentrer à la maison. Je n'avais pas dormi plus d'une heure lorsqu'elle m'appela au téléphone (sur son portable), affolée, me disant qu'elle voulait sortir immédiatement. Je lui ai répondu : "Ne bouge pas - J'arrive" et suis aussiptot accouru pour la trouver assise dans son lit (encadrée par les barrières), ayant rassemblé tous les effets personnels dans un drap, et prête à quitter séance tenante l'hôpital.
Elle m'a alors raconté sa panique lorsque, se réveillant dans cette chambre silencieuse, elle avait eu le sentiment d'être abandonnée. Après ce qu'elle avait vécu récemment, et avec le souvenir du coma encore frais (avec le léger état confusionnel consécutif, accentué par la cortisone), ce n'était pas vraiment surprenant. La solution était simple : le personnel m'a gentiment installé un lit pliant dans la chambre de Martine, et, dès lors, je suis resté auprès d'elle jour et nuit, ne la quittant que pour aller travailler, 3 étages plus haut. Quelques dizaines de minutes plus tard, Martine fut prise d'un malaise, avec un brève perte de connaissance. L'infirmière accourue a constaté une chute vertigineuse de la pression artérielle. Après quelques minutes, l'ajustement des perfusions et des traitements, et elle a repris ses esprits.

    La nuit suivante, nouvel épisode de malaise, dans les mêmes conditions. Cette fois, cependant, la cause en apparaît peu après,par l'extériorisation (par "voie basse") d'une hémorragie digestive considérable, expliquant pourquoi les prises de sang avait montré, depuis l'arrivée en réanimation, une baisse progressive mais marquée du taux d'hémoglobine (jusqu'à 5 g seulement !); Les jours et nuits suivantes, les perfusions sont venues corriger le problème.
  
    Outre l'ascite, qui dilatait son abdomen comme une grossesse, et nécessitait une ponction (jusqu'à plus de 5 litres) toutes les trois semaines, Martine souffrait d'œdèmes considérables du bassin et des jambes. Elle eut donc droit à un régime sans sel, dont elle s'accommoda remarquablement bien. Les contrôles glycémiques ayant montré que son foie ne fonctionnait effectivement plus correctement, elle fut alors aussi mise au régime sans sucre, et accepta cela sereinement, prenant toujours autant de plaisir à prendre ses repas, savamment composés par la diététicienne, qui lui rendait régulièrement visite. Nous avons aussi compris, rétrospectivement, l'origine probable de son coma : une hypoglycémie, probablement compliquée (dans les heures qui ont suivi) par une hémorragie digestive (elle-même facilitée par la cortisone).

 
  
La vie s'est ainsi organisée, rythmée par les repas, que nous prenions ensemble dans sa chambre. Malgré les soins et les visites de surveillance, les nuits étaient réparatrices pour tous les deux, et je parvenais à rester au lit jusqu'après 6 heures ! L'après-midi, les enfants et sa mère se relayaient à son chevet et, peu à peu, elle a pu reprendre son autonomie : premier lever, en procession, avec un "kiné" de chaque côté, et moi derrière portant à potence à perfusion, première sortie du service en fauteuil roulant, poussée par Clémence, puis première permission de sortie de l'hôpital, un dimanche après-midi...

Après seulement quelques jours d'hospitalisation, Martine connaissait par son prénom tout le personnel, discutait avec chacun et chacune de sa famille et ses problèmes, recevait des confidences et des témoignages étonnants. Nombreux sont ceux ou celles qui lui ont dit à quel point ils la trouvaient "exceptionnelle", par sa force d'âme, sa volonté de vivre, et sa formidable chaleur humaine.

Au total, l'hospitalisation aura duré près d'un mois, pendant lequel Martine a fait preuve d'une extraordinaire volonté, et d'un moral inouï, considérant que l'épisode dramatique qu'elle venait de vivre était pour elle l'occasion d'un nouveau départ... En quelque sorte un grand éclair fracassant, mais permettant en même temps d'illuminer le paysage et de découvrir tout ce que cachait l'obscurité. Bien souvent, par la suite, elle nous a répété que le Bonheur qu'elle avait éprouvé à la sortie du coma, en voyant accourir ses trois enfants, était le plus grand qu'elle ait connu dans sa vie.


Voici comment Martine racontait cet épisode, dans un message à une amie :

"Je retrouve enfin l’usage de l’ordinateur et je reprends, petit à petit les commandes de mon cyber-vaisseau spatial.

En bref ; mon coma aurait été provoqué par une hémorragie digestive liée à la cortisone et probablement à tous les produits qui ont transité par là ; bizarrement mon séjour en réanimation où je fus chouchoutée, adulée comme jamais, fut un immense bonheur : réveil reposé comme après une nuit de sommeil, aucune douleur, bonheur de retrouver Michel et son  amour immense que je ne voyais même plus. Comble de bonheur, il m’annonce que les enfants ont réussi, en un temps record, par la magie d’internet (et l’association de leur compétences)  à trouver des vols et qu’ils arriveraient dans quelques heures : 3 tonnes de bonheur allaient me tomber  sur la tête.

Après la réanimation j’ai passé 3 semaines en neurologie : premier épisode de confusion mentale avec perte de mémoire, de repères dans le temps, de motricité, d'écriture, des chiffres, et même confusion dans le langage... Il faudra plusieurs semaines pour m’en remettre et arriver à élucider en partie le problème. Là aussi, malgré les multiples examens je fus chouchoutée; j’étais comme dans une bulle, aucun souci matériel. Michel dormait dans un lit à coté de moi dans une petite chambre individuelle avec vue sur de magnifiques palmiers. Il pouvait aller travailler et venait me voir entre 2 patients.  Pendant leur séjour les enfants logeaient à la maison avec Maman qui s’est fait gâter par ses petits enfants et leur a transmis aussi toutes les bonnes saveurs de mon enfance. Nous avons beaucoup parlé et nous sommes dit de choses qu’on ne se dit pas parfois durant toute une vie. Comment veux tu que je ne sois pas inondée de bonheur.

[...]

Et maintenant, comme je l’ai dit aux enfants et à la famille, je veux que la vie la vie soit légère pour vous tous, vous savoir joyeux et profitant des belles choses, même les plus infimes. Rien ne me fait plus plaisir que de savoir que vous venez de passer un bon moment. J’ai le bonheur d’avoir des enfants qui sont des bons vivants comme mes parents.

Cette parenthèse qui aurait pu être une tragédie m’a procuré les moments de bonheur les plus intenses de ma vie."
[...]


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