03 - Mai 2009 - Dernière sortie : Uzès

Le 21 Mai 2009, trois semaines après le retour à la maison en "Hospitalisation à Domicile" faisant suite à un mois d'hôpital, nous tentons une première (et dernière sortie), et nous filons à Uzès. Nous parcourons la ville, au hasard, Martine dans son fauteuil roulant. Nous visitons quelques expositions de peintures et créations artistiques, qu'elle découvre avec un grand intérêt et un immense plaisir, discutant avec l'artiste, prenant des photos... Nous nous arrêtons au "Jardin Médiéval", que nous visitons aussi, Martine poussant son fauteuil roulant comme un déambulateur lorsque le passage entre les massifs de fleurs est trop étroit. A la sortie, on nous offre une boisson rafraîchissante naturelle à base de réglisse (spécialité régionale), et nous la dégustons au soleil. Nous traversons aussi une place entourée d'arcades, grouillant de monde, avec de nombreux artistes peintres exposant leurs œuvres. L'ambiance est très animée. Au retour, nous cherchons longtemps la voiture, n'ayant pas noté précisément son emplacement. Le fauteuil roulant parcours encore quelques centaines de mètres avant de la retrouver.
Martine est plus que ravie, heureuse de cette escapade qui a conblé sa sensibilité artistique. Nous nous promettons de recommencer aussitôt que possible...


Lundi 3 Mai 2010
Voici exactement un an que nous avons fait cette ballade - notre dernière ballade. Martine venait de rentrer à la maison, après un mois d'hospitalisation. Pendant un mois, nous avions vécu tous deux dans cette petite chambre d'hôpital, où elle souriait chaque matin à la vue des palmiers qui ornaient le patio, face à la baie vitrée. Nous prenions tous nos repas ensemble; je dormais sur un lit de camp au pied de son lit; je la rejoignais dès que possible entre deux consultations, mon service se trouvant 3 étages au dessus. D'une certaine façon, nous avons été plus proches que jamais pendant toute cette période, et celle qui a suivi son retour à la maison.
Et pourtant, je ne sais toujours pas dans quelle mesure l'espoir qui l'animait était un choix volontaire ou un refuge. Je ne sais toujours pas si, au fond d'elle-même, elle ne savait pas où la menait ce dernier épisode du voyage, ou si elle évitait tout simplement d'y penser. Je ne sais toujours pas si elle ne prenait pas tout sur elle pour alléger le fardeau de ses proches, ou si elle avait appris à magnifier chaque instant de sa vie pour l'offrir.
Je présume que des idées, des pensées, des humeurs contradictoires se bousculaient dans son esprit, et que toute la grandeur et la générosité de son âme l'emportaient et lui donnaient la force d'offrir son merveilleux sourire à tous ceux qui lui rendaient visite.
Voilà un an que je vis avec mes questions, et que son absence devient plus concrète, plus obsédante, plus cruelle. Après le tourbillon des premiers mois, et le sentiment confus (proche du déni) que ce n'est qu'une absence temporaire - un simple éloignement - la réalité s'impose, et une immense tristesse s'installe, en même temps qu'une forme de révolte contre l'injustice de cette mort inacceptable.
C'est alors que je me dis que nous devons vivre comme elle aurait voulu que nous vivions.
Je sais très bien, en toute circonstance, ce qu'elle aurait pensé, souhaité, voulu...
Et je m'efforce de faire en sorte qu'elle eut pu m'approuver... avec l'immense frustration de ne plus avoir la possibilité de lui raconter ma journée, et passer en revue avec elle les nouvelles du jour, pour finir en parlant de nos enfants, et en imaginant ensemble leur avenir.

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