03 - La famille face à la maladie

Extraits d"une lettre de Martine à une amie très chère. Elle y résume, en fait, ce qui fut la philosophie de sa vie, et qui a manifestement inspiré ses derniers instants, où elle se préoccupait plus des autres que d'elle-même, au point d'accueillir le médecin qui lui rendait visite, durant ses derniers jours, en lui demandant des nouvelles de sa santé, alors que la sienne était désespérée.
Durant tous ces derniers mois de la vie de Martine, il m'a semblé, sans que jamais rien ne vienne le démontrer, qu'elle avait compris que la fin arrivait, mais qu'elle s'accrochait à l'espoir de vie de toutes ses forces uniquement pour alléger le fardeau de ses proches... et le mien.

[...] L'histoire des frères et sœurs est vieille comme le monde. Elle est faite de disputes, de réconciliations, de malentendus, d'agacements, de conflits d'enfance mal digérés, mais, sauf cas extrêmes, la maturité aidant, on peut construire de nouvelles relations plus ou moins distantes. Pour cela, il faut que chacun fasse un pas, abandonner un peu de sa rigidité, son orgueil mal placé, modérer ses exigences, admettre ses imperfections réciproques, et ne pas attendre de l'autre plus que ce qu'il peut donner.
La maladie ne nous donne aucun droit, surtout pas celui de culpabiliser l'entourage; bien au contraire, nous avons le devoir de ne pas les empêcher de vivre et d'alléger leur inévitable souffrance. Pour avoir vécu cette situation, je me souviens combien c'est douloureux de savoir un de ses proches malade au point de ne plus se manifester (peur des maladresses, et surtout épreuve au dessus de ses forces).
Depuis quelque temps, quand mes amis s'excusent de ne pas se manifester plus souvent (visites, téléphone, internet...), je les remercie au contraire d'avoir préservé ma tranquillité et leur dis qu'il n'y a pas besoin d'être en connexion permanente pour qu'ils restent là en bonne place dans mon cœur, et pour toujours. Ils repartent plus légers ! [...]
Deux choix s'offrent [à soi]: faire de cette période la plus heureuse de [son] existence en profitant de tous ces miracles qui s'offrent [à soi] - en gommant les contrariétés involontaires venant de l'entourage [...] et en rayonnant ce bonheur autour de [soi]. Autre option: noircir le tableau en comptabilisant ce que les autres n'ont pas fait (et que [l'on] attendait d'eux sans leur dire clairement) au lieu de regarder ce qu'ils ont fait et surtout la main qu'ils [nous] tendent.[...]
Tous ont quelque chose de bon en eux, et probablement des soucis que [l'on] ignore. Ils ont le droit d'évoluer à leur façon [...]. Et toutes les petites parcelles d'amour qu'ils peuvent [...] apporter sont bonnes à prendre. Mais, pour cela, il faut savoir arrondir les angles, s'ouvrir aux autres, ne pas les juger, être réceptif [...]
Notre maladie ne fait pas de nous le centre du monde [...]."

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