09 - Le Groupe de Parole / Onco

Au cours de près de douze années de lutte contre le cancer, Martine a vécu, avec le Groupe de Parole du service d'Oncologie - Radiothérapie du CHU de Nîmes, une véritable aventure humaine. Elle a participé aux premiers pas de ce groupe, et a suivi ensuite toutes les réunions, hormis lorsque sa santé l'en empêchait. Les discussions se prolongeaient souvent au delà des réunions formelles, autour d'un verre à la cafétéria de l'hôpital, ou à la maison autour d'un goûter improvisé. Le séjour de quatre des participantes à Alénya fut un épisode majeur de cette aventure, et a donné lieu à la rédaction, par toutes les quatre, d'un texte commun, retranscrit intégralement ici, relatant leur expérience et leurs réflexions, ainsi que quelques commentaires personnels. Le message de Martine s'y trouve très clairement exprimé.
Les amies du groupe de parole tenaient une place particulière dans le coeur de Martine, car ce qu'elles partageaient allait au delà d'une simple amitié : elles trouvaient dans leurs rencontres et leurs échanges le courage et la force qu'exigeait leur combat quotidien contre la maladie. Elles se comprennaient comme seuls ceux qui ont affronté le même adversaire peuvent se comprendre, et se soutenaient mutuellement.
Parallèlement aux réunions du groupe, Martine recevait, lors de ses nombreux séjours à l'hôpital pour ses chimiothérapies, la visite de la psychologue avec laquelle elle a suivi un cheminement régulier, et réalisé, selon ses propres termes, un véritable "travail" sur elle-même. La dernière de ces visites, peu de temps avant son coma, a été particulièrement prolongée, et Martine en est sortie transformée, avec le sentiment d'un aboutissement, dont elle a souvent parlé ensuite, sans en révéler précisément la teneur.
Depuis ce jour, néanmoins, elle nous a (enfin) parlé de ses blessures les plus profondes, évoqué le décès de sa soeur jumelle, à 19 ans, puis le décès de son père. Elle m'a raconté, tandis que je la ramenais à la maison après son mois d'hospitalisation consécutive au coma, comment sa soeur Monique avait été tuée par un chauffard en camion, alors qu'elle venait de se fiancer. Monique et son fiancé avaient alors chacun un "job" d'été, et s'écrivaient quotidiennement. Après son décès, Martine et le fiancé de Monique se réunissaient chaque semaine pour ouvrir et lire une lettre de Monique...
Tout ce qui, depuis si longtemps, était enfoui dans sa mémoire mais encore trop douloureux pour être évoqué, a pu resurgir.
Elle a, au sortir de son coma, parlé à ses enfants et à ses proches avec des mots si chargés d'amour et de courage qu'ils les porteront avec eux toute leur vie durant.